
INTERVIEW DE MANON LANGUE, ARBITRE RÉCOMPENSÉE PAR L’AFCAM
Chaque année, les 52 fédérations sportives membres de l’Association Française du Corps Arbitral Multisports (AFCAM), ainsi que des invités issus du monde du sport (présidents de fédération, représentants...) se réunissent lors de la cérémonie des Trophées. Pour chaque fédération, le ou la meilleur arbitre espoir et élite de l’année écoulée est récompensé. 4 arbitres de Triathlon figuraient parmi les récipiendaires de l’année 2025. Parmi eux figurait Manon Langue, récompensée chez les espoirs.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m'appelle Manon Langue, j'ai 22 ans et je suis en 4e année d'école d'ingénieur en alternance. Je suis originaire de la Somme (Picardie), mais je vis à Lyon depuis 1 an et demi pour les études. Je suis à l'ASVEL Triathlon.
Pratiques-tu le triple effort en compétition ? Si oui, comment as-tu découvert la discipline ? Quel est ton niveau de pratique ?
Je pratique le triathlon depuis 9 ans. J’ai découvert ce sport grâce à mon club de natation, où j’étais à l’origine en sport-étude. Je prenais de moins en moins de plaisir à nager quotidiennement et de ce fait, j’ai choisi d’intégrer la nouvelle section sport-étude d'Abbeville triathlon qui venait d’ouvrir la même année. Ça m’a tout de suite plu et je me débrouillais bien puisque j’ai réussi à me qualifier aux championnats de France de Triathlon dès ma première saison. J'ai fait 4 saisons nationales jeunes et quelques manches de D3 Tri au sein d'Abbeville Triathlon. Puis, à la fin de mon lycée, j'ai déménagé à Rennes pour intégrer l'IUT mais aussi l'équipe de Rennes Triathlon. Pendant ces 3 ans, j’ai pu terminer ma dernière saison chez les jeunes et performer sur le circuit D2 triathlon, ainsi que sur quelques manches de D1 duathlon (U23). Enfin, depuis un an et demi, j’ai de nouveau déménagé à Lyon pour mes études et j’ai intégré l’équipe de D3 triathlon et duathlon de l’ASVEL Triathlon.
Depuis quand es-tu arbitre ? Pourquoi as-tu choisi d'occuper cette fonction ? Qu'aimes-tu dans l'arbitrage ?
Je suis arbitre régional depuis maintenant huit ans. Pourquoi avoir choisi l'arbitrage, c'est un peu par hasard. En classe de 5ᵉ, j’ai eu l’occasion d’arbitrer les championnats de France UNSS de VTT où j’ai décroché le niveau national. Cela m'a beaucoup plu car pour moi, c'est une autre manière de voir le sport. Et c’est ce qui m’a donné envie de me lancer dans l’arbitrage en triathlon, alors que je n’avais que 14 ans. Enfin, ce que j’aime dans l’arbitrage, c’est pouvoir aider les néophytes dans l’aire de transition avant la course, prendre le temps et être pédagogue sur les épreuves enfants ou encore faire respecter la réglementation de manière souriante et cordiale.
Quels sont tes meilleurs souvenirs en termes d'arbitrage ?
Il y a beaucoup de bons souvenirs sur mes saisons d’arbitrage, mais deux d’entre eux me viennent tout de suite en tête. Le premier, c'est en 2023, quand j’ai eu l’occasion d’arbitrer le triathlon de Quiberon (Bretagne). C’est une course un peu particulière car elle se déroule sur une presqu’île et chaque année la météo est au rendez-vous. Je me souviens avoir été au départ natation sous un grand soleil sur la plage ou encore moto ouvreuse sur le parcours vélo : quoi de mieux que d’exercer ses fonctions dans un sport que l'on aime et dans un cadre aussi exceptionnel ! Le deuxième souvenir marquant date de 2025, quand j’ai eu la chance d’arbitrer l’Ironman de Nice. Une course avec plus de 4 000 athlètes, qualificative pour les championnats du monde. C’était impressionnant d’être une équipe de 30 arbitres pour couvrir l’ensemble de l’épreuve. Et évidemment, il y a aussi tout le reste : les repas entre arbitres entre deux courses, les moments "chill" où l’on partage un verre pour débriefer de la journée, les rencontres avec certains athlètes… Tous ces instants rendent l’arbitrage très riche humainement et c'est aussi ça que j'aime.
Quelles sont les plus grandes difficultés que tu rencontres lorsque tu arbitres une compétition ?
Il ne faut pas croire que c’est un long fleuve tranquille d’être arbitre en triathlon et encore moins quand on est une jeune fille ! Car oui, malheureusement, même si la grande majorité des athlètes et des personnes sont respectueux, il arrive parfois de vivre des situations assez désagréables, comme se faire manquer de respect par un athlète sous prétexte que l’on a l’âge de ses enfants… Être arbitre, c’est aussi devoir s’affirmer, se faire confiance et assumer ses responsabilités quand c’est nécessaire. En plus de ça, quand on est arbitre principal, il faut aussi savoir gérer une équipe d'arbitre qui ne se connaît pas forcément, qui n'a pas le même niveau, faire face aux aléas de course (une trombe d’eau 20 minutes avant le départ, un accident, un changement de programme…) ou encore faire du sur-mesure quand il y a des formats d’épreuves très spécifiques. Je dirais qu’il n’y a pas de difficulté majeure en soi mais qu’il faut vraiment être "couteau suisse" !
Quels étaient les critères pour être récompensé par l'AFCAM ? Que représente pour toi ce trophée ?
Chaque année, les 52 fédérations sportives membres de l’AFCAM ainsi que des invités issus du monde du sport (présidents de fédération, représentants…) se réunissent lors de la cérémonie des Trophées. Pour chaque fédération, le ou la meilleur arbitre espoir et élite de l’année écoulée est récompensé. En amont, chaque ligue régionale peut proposer une ou plusieurs candidatures. Ensuite, un comité pour chaque fédération se réunit, étudie chaque candidature et vote pour désigner le lauréat. Ce choix se base sur la motivation, les actions menées par chaque candidat au cours de l’année (ou auparavant) mais aussi sur les perspectives d'avenir. Et cette année, j’ai eu la chance d’être élue dans la catégorie espoir. Pour moi, c'est une marque de reconnaissance et j'en suis très honorée. Je trouve que c’est une belle occasion de mettre en valeur le corps arbitral qui s’investit tout au long de l'année pour l'organisation et la gestion des Triathlon, duathlon... C’est également une opportunité de me faire connaître au sein de ma fédération et pourquoi pas, de saisir des opportunités dans le futur.
Quels sont tes objectifs pour le futur ?
Avant tout, obtenir mon diplôme d'ingénieur. Ensuite, j'aimerai continuer à me faire plaisir en participant à quelques triathlons et aussi préparer ma candidature pour devenir officielle national (je n'ai malheureusement pas pu la faire en 2025). Comme j'ai dit précédemment, j'ai déjà eu la chance de participer aux manches de D2/D1 en tant qu'athlète. J'aimerais beaucoup pouvoir arbitrer ces compétitions mais aussi d'autres du circuit national comme les Championnats de France et qui sait, peut-être un jour, dépasser les frontières françaises et officier à l'international.

























