
INTERVIEW DE CHARLÉLIE BAUDOUX, ARBITRE RÉCOMPENSÉ PAR L’AFCAM
Photos : FFTRI
Chaque année, les 52 fédérations sportives membres de l’Association Française du Corps Arbitral Multisports (AFCAM), ainsi que des invités issus du monde du sport (présidents de fédération, représentants...) se réunissent lors de la cérémonie des Trophées. Pour chaque fédération, le ou la meilleur arbitre espoir et élite de l’année écoulée est récompensé. 4 arbitres de Triathlon figuraient parmi les récipiendaires de l’année 2025. Parmi eux figurait Charlélie Baudoux, récompensée chez les Élites (2e en partant de la gauche sur la photo).
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Charlélie Baudoux, j’ai 23 ans et je suis masseur-kinésithérapeute diplômé de Reims. J’exerce actuellement à Crésantignes, une petite commune située à une vingtaine de minutes de Troyes, où je réside également. Je suis licencié au Troyes Gymnique Triathlon 10.
Pratiques-tu le triple effort en compétition ? Si oui, comment as-tu découvert la discipline ? Quel est ton niveau de pratique ?
Oui, je pratique le triple effort, même si mon investissement est moindre depuis le début de mes études de kinésithérapie. Au collège et au lycée, je m’entraînais de façon très intensive, jusqu’à 25 heures par semaine.
On oublie parfois que l’arbitre est aussi un sportif. J’ai été champion régional d’aquathlon et j’ai participé au championnat de France en catégorie benjamin. J’ai également fait partie de l’équipe de Division 3 du Troyes Gymnique Triathlon 10, avec laquelle nous avons décroché une 5ᵉ place lors de la finale en 2018.
J’ai découvert le triathlon grâce à mon frère, qui pratiquait déjà. Je l’ai rejoint dès l’âge de 6 ans et je suis licencié au TGTRI10 depuis plus de 15 ans.
Par ailleurs, parmi les disciplines du triple effort, le cyclisme reste celle dans laquelle je me sens le plus à l’aise. Je pratique également le cyclisme, où j’ai obtenu un titre de champion régional.
Depuis quand es-tu arbitre ? Pourquoi as-tu choisi d'occuper cette fonction ? Qu'aimes-tu dans l'arbitrage ?
Je suis arbitre depuis l’âge de 15 ans et j’entame aujourd’hui ma neuvième année d’arbitrage. J’ai choisi de me lancer dans cette fonction car plusieurs arbitres présents au club m’ont transmis leur passion et m’ont donné envie de découvrir cette facette complémentaire de notre sport. L’arbitrage me permettait aussi de rester au plus près des compétitions, tout en allégeant la charge physique liée aux courses quasi hebdomadaire que j’avais à l’époque.
Quels sont tes meilleurs souvenirs en termes d'arbitrage ?
Mes meilleurs souvenirs d’arbitrage remontent à mes débuts, lorsque j’étais accompagné et formé par des arbitres expérimentés du club. Leur bienveillance et leurs conseils ont joué un rôle essentiel dans mon apprentissage et ont renforcé mon envie de m’investir pleinement. Je pense notamment à Dany.
Aujourd’hui, avoir l’opportunité de côtoyer les meilleurs officiels nationaux, reconnus jusqu’au niveau mondial, constitue également une expérience marquante, que l’on ne met pas assez en valeur.
Quand on devient arbitre, on rêve naturellement de participer aux plus grandes compétitions. La Fédération Française de Triathlon en propose de magnifiques sur notre territoire, et j’ai eu la chance d’officier sur certaines d’entre elles cette année, comme la manche de la World Triathlon Championship Series (WTCS) ou encore la Coupe du monde de Para triathlon. Arbitrer ces événements est pour moi un privilège et un moment fort, enrichi par de nombreux échanges, notamment avec tous les acteurs de la fédération.
Quelles sont les plus grandes difficultés que tu rencontres lorsque tu arbitres une compétition ?
L’arbitrage est malheureusement trop souvent réduit à l’idée d’appliquer un règlement. Pourtant, derrière l’engagement des arbitres, dont le rôle est essentiel au bon déroulement de toute compétition sportive, se cachent des difficultés bien réelles et souvent méconnues, pour beaucoup d’entre eux, et plus encore pour ceux qui débutent jeunes.
Lorsque j’ai commencé à arbitrer à 15 ans, j’ai très vite ressenti ce mélange de passion et de manque de légitimité. Entrer sur les compétitions avec enthousiasme ne suffit pas toujours ; à cet âge, on a constamment l’impression de devoir prouver sa place. Même en maîtrisant le règlement et en s’investissant pleinement, le jeune arbitre se retrouve souvent face à des regards sceptiques et à des remarques du type : « Trop jeune pour comprendre », « Pas assez d’expérience », ou encore « À cet âge-là, l’erreur est vite faite ».
Cette absence de confiance, souvent présente avant même le premier coup de sifflet, est l’un des obstacles les plus difficiles à surmonter pour un jeune arbitre. Elle constitue d’ailleurs, pour beaucoup, une cause majeure d’abandon.
Pour moi, la pression exercée par certains parents était un défi trop fréquent et reste un souvenir difficile. L’entourage des triathlètes, souvent très impliqué émotionnellement, peut parfois dépasser les limites. Pour un jeune arbitre, il est particulièrement éprouvant de rester serein face à un parent qui hausse le ton, conteste chaque décision ou se permet des remarques déplacées. Dans ces moments-là, le plus difficile n’est pas d’appliquer le règlement… mais de gérer les comportements. À plusieurs reprises, j’ai même envisagé d’abandonner, mais le soutien de mon entourage a été essentiel. Chaque épreuve devenait alors un défi silencieux à relever.
La critique arrive souvent plus vite que la reconnaissance, et c’est précisément pour cela que chaque signe d’appréciation est pour moi une petite victoire, non seulement personnelle, mais aussi pour tout le corps arbitral. On remarque rarement l’arbitre quand tout se passe bien, comme si l’équité et la sécurité allaient de soi.
Alors pourquoi continuer ? Parce que l’arbitrage apporte énormément pour moi : en maturité, en sens des responsabilités, en gestion de la pression, en compréhension du sport… et surtout la fierté de jouer un rôle essentiel. J’espère qu’avec le temps, le regard porté sur les arbitres évoluera, pour que les plus jeunes gagnent en confiance et en respect, et puissent devenir à leur tour des références.
Quels étaient les critères pour être récompensé par l'AFCAM ? Que représente pour toi ce trophée ?
Ce trophée m’a été attribué par l’AFCAM sur proposition et validation de la Fédération Française de Triathlon, via la Commission Nationale des Officiels et de l’Arbitrage. Je remercie l’ensemble des officiels référents et membres de la CNOA pour cette reconnaissance. Recevoir cette distinction « Arbitre Élites » pour la saison 2025 représente pour moi un véritable honneur et une grande fierté. Elle valorise mon engagement, mon investissement et ma passion pour l’arbitrage.
Mais ce trophée dépasse ma propre reconnaissance, car il met également à l’honneur l’ensemble du corps arbitral et le rôle essentiel qu’il joue dans notre sport. Sur une compétition, nous ne sommes jamais seuls : nous sommes une équipe !
Quels sont tes objectifs pour le futur ?
Pour l’avenir, je souhaite continuer à progresser et à m’investir pleinement dans la vie fédérale, notamment en poursuivant l’arbitrage sur des compétitions nationales et, si on me fait confiance, j’espère en internationales. C’est une passion que j’ai envie de faire grandir encore, mais dans le respect de mes collègues officiels.
Sur le plan médical, j’aimerais également apporter mes compétences à la fédération en intégrant la commission médicale. À long terme, mon ambition serait d’accompagner les équipes de France en tant que masseur-kinésithérapeute.

























