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#TriFeminin : Anne-Zelie Barthod, "l'arbitrage m'a apporté beaucoup"

#TriFeminin : Anne-Zelie Barthod, "l'arbitrage m'a apporté beaucoup"
Le 25 Juin 2014

La semaine spéciale #Triféminin est l'occasion de mettre en avant des portraits de femmes impiquées à divers niveaux dans notre sport. Aujourd'hui Anne-Zélie Barthid, qui vit la passion du triathlon en étant arbitre nationale et internationale !

Anne-Zélie, tu as un parcours dans l'arbitrage on ne peut plus complet. Qu'est ce qui t'a poussée, motivée à devenir jeune arbitre? Dans quel contexte?

J’ai commencé le sport jeune (8 ans si mes souvenirs sont bons), je faisais les saisons de cross l’hiver avec toute ma famille, de la natation toute l’année, et de la gymnastique. Mes parents se sont essayés au triathlon avant moi à une époque où le triathlon ne proposait pas encore d’épreuves jeunes. J’ai commencé à courir des distances « promotion » dès que mon âge me l’a permis, en minime. C’était simplement un moyen d’occuper l’été entre les saisons de cross, je n’ai jamais été une bonne cycliste. Et puis toute ma famille pratiquait le triathlon, mes parents et mes deux frères. Je me suis prise au jeu un peu plus tard, en cadette et junior, mais les études m’ont pris trop de temps par la suite pour rentrer vraiment dans la compétition.A l’époque je pratiquais avec mon petit copain qui, lui, courrait le circuit D1 avec notre club et je l’accompagnais souvent sur les courses régionales et nationales.

Un jour la fille de mon président de club, du même âge que moi, m’a incitée à venir suivre la formation d’arbitrage, histoire de se rendre utile plutôt que de patienter sur le bord de la route quand je ne concourais pas. J’ai alors fais la connaissance des « anciens » du triathlon de ma région qui oeuvraient pour l’arbitrage ainsi que dans leurs clubs (1997). Je pense que ce sont eux qui m’ont donné le virus. Ils accueillaient les plus jeunes avec beaucoup d’égard, de gentillesse et de pédagogie, je pense à Denis Monnin et Jean-Claude Brocard en particulier.

Ma personnalité de forte tête et mon petit aplomb du haut de mes 18 ans les ont poussés à rapidement parler de moi au président de la CNA de l’époque, Gérard Vitry. Je me souviens avoir été impressionnée de recevoir un appel téléphonique de ce dernier m’annonçant avoir été retenue pour le trophée AFCAM 2000 en catégorie espoir de l’arbitrage pour le triathlon. On avait parlé de moi sans que je le sache et en bien en plus !  Il y avait très peu de filles à l’époque, et ils prenaient particulièrement soin des bonnes volontés féminines.

Denis Monnin m’a alors pris sous son aile et j’ai candidaté comme arbitre nationale. J’ai soutenu et validé mon mémoire de stagiaire nationale en 2001 (consacré au dopage dans le triathlon). Cette année de stagiaire m’a fait connaître d’autres personnalités du triathlon, comme Jacques Laparade, Pascal Godel et bien d’autres, et je passais pour un petit ovni dans ce monde masculin et plutôt quinqua des dirigeants et arbitres. Je voyais bien leurs airs surpris de me voir là, et justement j’aimais ça.

Avec le recul, je pense que ma jeunesse et le fait d’être une femme ont été des atouts pour moi dans mon cursus. Bien sûr, ça n’a pas toujours été simple avec les athlètes, mais j’ai gagné gentillement leur respect et leur considération. A chaque découragement face à une situation de terrain difficile, où une altercation, mes pairs ont toujours su me rassurer et me donner l’envie de continuer et de progresser. Face à cela il y a eu aussi des moments de grâce, et un de ceux qui m’a le plus marqué, était lors d’une étape de D2 de triathlon, à Vesoul ma ville natale, où un coach que je ne connaissais pas encore est venu me féliciter avec beaucoup de stupéfaction, sur la qualité de mon briefing et mon assurance à l’oral, vu mon jeune âge et vu le parterre de coachs expérimentés. Il en a fait part par la suite aux arbitres nationaux. La reconnaissance fait du bien de temps en temps ;-)

Les années d’arbitrage se sont ensuite enchainées, la pratique du triathlon en compétition n’était pas gérable avec mon quotidien mais l’arbitrage oui.

J’attaque toujours les saisons avec autant de plaisir et cela est dû beaucoup à l’Humain je pense, car le triathlon est devenu avec les années une seconde famille où je retrouve avec un énorme plaisir les piliers présents depuis des années au niveau national non seulement les arbitres, mais les dirigeants, les entraineurs, les journalistes etc.. Au-delà du travail d’arbitre, il existe une vraie complicité, des moments de rigolades et fête.

Aujourd'hui tu es la seule arbitre (je crois)  internationale française, raconte nous ton expérience. Y a t il d'autres femmes?

Je serais bien en peine d’affirmer que je suis la seule arbitre internationale française aujourd’hui, je l’étais cependant en 2012, puisque nous n’étions que 3 internationaux français reconnus au moment des JO de Londres. Je le suis devenue par « validation  des acquis », si on peut dire, à un moment où les niveaux 1, 2 et 3 de l’arbitrage international n’étaient pas encore mis en place, avec leurs conditions d’accession, seule l’expérience comptait.

Au départ, j’ai arbitré des épreuves internationales se déroulant en France en tant qu’arbitre nationale, et le privilège de ma génération étant d’avoir appris et utilisé l’anglais depuis le collège, cela m’a donné un avantage certain pour ces missions ! Mon premier déplacement à l’étranger était à Madère pour une coupe du monde sur laquelle l’ITU avait sollicité une délégation de 4 français choisis par notre fédération : une merveilleuse expédition ! C’était en 2003 ou 2004. L’ETU puis l’ITU ont fini par me solliciter directement les années suivantes pour des épreuves internationales, Coupes d’Europe, Championnats d’Europe, et j’ai pu partir à Lisbonne ou à Holten par exemple. J’étais toujours la seule femme française mais j’ai pu rencontrer d’autres femmes de nationalité différentes, avec l’impression que dans d’autres pays elles étaient moins rares, mais qu’on avait toutes le même « tempérament » pour être là…Ce sont des expériences très enrichissantes humainement et sportivement.

Entre temps, l’arbitrage international s’est structuré et aujourd’hui il existe une formation pour chaque niveau (1, 2 et 3) et des missions différentes selon le niveau (par exemple, il faut avoir validé son niveau 2 pour pouvoir être appelé comme race referee sur les JO). Une fois un niveau acquis, il faut arbitrer un certain nombre de jours par an en tant qu’international pour rester à ce niveau (6, me semble-t-il). Ce n’est pas énorme mais c’est la raison pour laquelle j’ai perdu mon niveau 1 depuis 2013, car j’ai dû refuser un certain nombre de missions depuis que j’ai eu mon petit garçon fin 2010 et que je lui ai donné la priorité absolue. Pour autant, cela ne m’empêche pas d’arbitrer les épreuves internationales se déroulant en France ni de repasser le niveau 1 dès que je serai plus disponible.

Aujourd’hui, le nombre de jeunes arbitres, garçons ou filles, qui passent le niveau 1 international est en phase de croissance exponentielle en France grâce à l’implication de notre CNA. Il faut savoir que ces formations sont intégralement prises en charge par la CNA, ce qui permet à tous d’y accéder.

Tu es maman, tu travailles en tant qu’ingénieur d’étude et de recherche clinique, même si tu es en standby à l'heure actuelle, comment as tu pu géré tout cela?

Les études m’ont éloigné de la pratique très régulière du sport, mais l’arbitrage n’est pas du tout aussi exigeant en terme de temps ! On propose nos disponibilités en tout début d’année, et on est retenu sur tout ou partie des week-ends pour lesquels on s’est porté volontaire. Il suffit d’adapter ses choix d’arbitrage en fonction de ses possibilités de chaque saison.

De 2001 à 2010, il m’est arrivé d’arbitrer jusqu’à 10 Grandes Epreuves entre avril et octobre, à l’exception de 2005, l’année où j’ai soutenue ma thèse de docteur en Sciences en 2005, mais cela est complètement réalisable. Bien sur, il faut ajouter chaque année, une journée de formation des arbitres régionaux, la formation ou recyclage d’arbitre principal et le colloque des arbitres natinonaux, soit 2 journées et un week end par an, exclusivement dédiés à la formation.

En 2010, je me suis fait remplacer pour la saison dès que j’ai appris que j’étais enceinte en demandant à mon président de CNA une année sabatique pour raison exceptionnelle. J’ai tout de même pu arbitrer en temps que déléguée technique assistante une épreuve ETU à Genève, à 2h de route de chez moi. C’était génial, mes collègues étaient aux petits soins avec moi ! Je me souviens que quelques collègues hommes arbitres nationaux m’avaient dit « mince, on ne te verra plus venir arbitrer alors ? » J’avais juste répondu « et pourquoi donc ? » Oui, messieurs, on peut travailler à plein temps, être maman, avoir des hobbies et une vie sociale et continuer à être arbitre !

Depuis 2011, je ne postule qu’à 4 ou 5 épreuves nationales par an, car je dois organiser la garde de mon fils lors de mes déplacements et c’est un choix personnel de ne pas le laisser trop souvent loin de mes bras, mais comme je connais les dates très tôt dans l’année, il n’y a aucun problème.

J’ai également été élue au comité directeur fédéral de 2008 à 2012, une expérience grâce à laquelle j’ai beaucoup appris sur notre sport, et un autre versant du triathlon qui m’a beaucoup plu. Je n’ai pas souhaité me présenter à nouveau pour privilégier plutôt l’arbitrage et le terrain aux vues des mes disponibilités réduites aujourd’hui.

Le pourcentage de femmes parmi les arbitres est encore faible mais augmente. Que penses tu avoir apporté en tant que femme (et tes collègues femmes) au milieu de l'arbitage?

Je pense que, comme dans beaucoup de domaine, la mixité dans une équipe ne peut faire que du bien. Elle est source d’échanges, d’idées plus fournis, les femmes apportent des points de vue auxquels une équipe d’hommes n’auraient peut-être pas pensé. Les femmes sont loin d’être les dernières à batailler pour faire valoir leurs opinions, leur conception de l’arbitrage. Nous sommes complémentaires aux hommes dans une équipe d’arbitres !

A mon niveau, je pense avoir apporté une touche de fraicheur et de sourire à cette fonction, l’arbitre, qui est souvent perçu comme le chien de garde d’un sport, forcement patibulaire et hargneux aux yeux de bon nombre d’athlètes malheureusement. Bien sûr je ne dis pas que mes collègues hommes le sont ! Je dis que c’est l’image dont ils souffrent encore aujourd’hui. Je pense simplement que nous autres, femmes arbitres, nous avons certainement contribué à donner une image plus sereine et plus apaisée de l’arbitre en fonction. Par notre statut de femme, nous gérons les conflits différemment, nous accueillons les athlètes différemment, nous avons un contact privilégié avec les athlètes femmes et nous encadrons avec encore plus de bienveillance les bouts de choux sur les courses des tout-petits.

Toutes les fédérations ne peuvent pas se vanter d’avoir des femmes qui arbitrent des athlètes hommes et même au plus haut niveau (cf le foot ou le rugby…)

Que dirais tu aux femmes afin de les motiver à s'investir davantage dans le milieu de l'arbitrage?

De mon expérience, je retiens que le triathlon est un sport qui défend particulièrement la place des femmes, et où tout est possible également pour les femmes. Cela est valable aussi au sein des arbitres : je vois mes collègues hommes confier, sans jamais le moindre doute ou la moindre discrimination, les postes à responsabilités, les places les plus intéressantes, les challenges les plus stimulants, à leurs collègues femmes. Ils sont très demandeurs d’une parité dans les équipes arbitrales, de jeunesse aussi et de nouvelles idées.

A toutes ces femmes qui n’ont pas la possibilité de passer du temps à s’entraîner ou simplement n’ont pas le goût de l’effort sportif, et qui attendent leurs maris ou leurs enfants au bord de la route tous les dimanches ou à la maison, j’ai simplement envie de leur dire « prenez place ! ». Il y a tellement à faire pour rendre nos épreuves encore plus belles, notre arbitrage encore plus performant ! Il est possible de prendre du plaisir autrement, d’être au cœur de la course, de vivre des émotions fortes sans être athlète, de partager des moments de convivialité, de nouer de nouvelles amitités, et de se laisser gagner par la passion de ce sport.

Personnellement, l’arbitrage m’a beaucoup apporté et continue de le faire : j’ai appris à manager une équipe d'hommes, parfois jusqu’à 30 personnes, à parler à un public et ce aussi en anglais, à faire face aux imprévus, à défendre mes idées, à garder mon sang froid, à anticiper des situations à risques, développer ma capacité d’analyse, prendre des décisions précises très rapidement...

On m’a souvent interrogée sur cette passion qui figure sur mon CV et interpelle souvent les gens qui m’entourent. Et puis j’ai aussi partagé de bonnes rigolades, fais de beaux voyages, assister à des moments inoubliables, fais la connaissance d’athlètes que le commun des triathlètes ne voit que dans les magazines. Bref, je suis toujours fidèle au poste, 17 ans après mon premier arbitrage, c’est que cela doit apporter du bonheur !

 
 
 
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